Alastar Seamus Yeats, Citoyen

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Alastar Yeats is offline
Citoyen // 12 messages
Ven 12 Oct 2018 21:46

Alastar Seamus Yeats

  • Al' ; Al'bastard ; Santa Maria ; Deadly Cutie
  • 27 ans
  • 25/12
  • Irlandaise
  • Informaticien / Hacker / Artiste performeur / Drag Queen
  • Phobos — Python royal leucistique
  • Homosexuel
  • Griffith – Berserk

Anecdotes

—Vous enregistrez ?
— Oui. C’est important de conserver une trace dans le processus de thérapie. Cela vous dérange ?
— Je pense pouvoir m’y habituer. Je dois parler de moi, maintenant ?
— C’est ça. Pour commencer vous pouvez me dire ce que vous voulez. Des anecdotes sur votre vie quotidienne, sur votre enfance, votre adolescence…des choses qui vous paraissent importantes ou au contraire insignifiantes. Vous êtes libre.
— Je peux fumer ?
— Si cela vous détend, alors oui.
— Parfait, j’ai besoin de fumer quand je suis un peu stressé. Je suppose que ça compte comme une première anecdote.
— Oui, c’est très bien. Continuez.
Al sort une cigarette et l’allume nerveusement. La première expiration a un goût de délivrance. Son corps se détend soudainement et il se laisse aller sur le divan comme une poupée de chiffon.
— Je n’ai jamais connu mon père ; je suppose que je ne devrais pas commencer par là, c’est un gros morceau. J’ai été élevé par ma mère et mon grand-père. Que je déteste. Mon grand-père, pas ma mère. Sans doute parce qu’il me foutait des roustes à vous en faire décoller la rétine. La pauvre femme, elle, n’en parlons pas. Je crois que je lui en veux un peu quand même. Pour n’avoir jamais su incarner mon idéal féminin. Alastar, c’est Alexander en Gaélique. Mon deuxième prénom c’est Seamus, le même que le vieux. Autant dire que je ne l’utilise jamais. Je suis né et j’ai grandi en Irlande. Monaghan, vous connaissez ? Je ne conseille pas. C’est blanc, pauvre et sous-éduqué. J’ai toujours détesté cet endroit. Le seul exploit de Monaghan c’est d’être classé dans le top trois des villes les plus dangereuses du pays. Paraît que le taux de viols crève le plafond. Adolescent, je faisais partie d’un groupe de hooligans, on allait aux matchs de foot tous les weekends pour se taper dessus. À l’époque, j’avais le crâne rasé et un blouson noir où j’avais écrit « nique la police ». J’en étais vraiment fier. Un soir bourré, j’ai failli me faire tatouer une croix gammée sur le torse, puis je me suis abstenu au dernier moment. Un de mes « amis » l’a fait. Ce type était tellement cramé. À l’heure qu’il est il doit croupir en prison ou manger les pissenlits par la racine. Je pense, sans me vanter, qu’on apprécie ma présence. J’ai un humour noir et dépréciatif. Et un certain sens de la répartie. Je suis pas désagréable à regarder non plus. Un jour quelqu’un m’a dit que je ressemblais à une peinture préraphaélite. J’étais ravi. J’ai eu du mal à accepter mon homosexualité. Sans doute parce que j’ai grandi dans une atmosphère masculiniste et homophobe. Comme les autres, j’insultais les travelots et les pédales dans la rue. Et finalement, j’en suis devenu une. Mon premier alter égo féminin s’appelait Santa Maria. Elle avait une esthétique catholique décadente. J’avais un superbe costume de nonne en latex moulant. Dans les clubs parisiens, ça faisait toujours fureur. Au début, j’ai choisi ça pour plaisanter. Je suis né un 25 décembre. Le divin enfant. Puis je me suis vraiment pris au jeu. J’ai développé une esthétique très baroque. J’aime les dorures, les moulures, le velours, le brocart, les fourrures. L’excès. Chez moi, j’ai des chandeliers, des colliers de perles et des vanités qui trônent en bonne place. Je collectionne les icônes religieuses. J’aime beaucoup les images de la Vierge et les chapelets. Jésus, un peu, mais c’est pas vraiment mon truc. Je suis pas croyant. En réalité, j’espère que Dieu n’existe pas. J’aimerais pas qu’il me juge à la fin. Je suis matérialiste et quand les gens me trouvent superficiel ça me gêne pas plus que ça. J’aime les jolies choses, c’est tout. On ne dirait pas, mais je lis beaucoup. Des classiques surtout. Je n’aime pas vraiment la littérature contemporaine, je la trouve trop lisse, moins inquiétante. Si je devais citer deux de mes romans préférés, je dirais Orlando de Woolf et Les Frères Karamazov de Dostoïevski. J’aime bien les dilemmes moraux en fiction. Je crois que je suis atteint de bovarisme. Quoi que je fasse, ma vie ne sera jamais aussi intéressante qu’un roman. Quand je rencontre des gens pour la première fois, j’aime bien leur associer des personnages littéraires. Par exemple, vous, je vous imagine bien en Petrovich. Je pourrais être votre Raskolnikov. Vous pourriez me sauver de moi-même. Je plaisante, bien sûr. Je n’ai jamais tué personne. J’ai failli seulement. Je ne me drogue pas et je ne bois plus d’alcool. C’est pas très rock’n’roll, je dois bien l’admettre. J’ai déjà couché pour de l’argent et ça m’a dérangé. Je ne pense pas réitérer l’expérience. Mon grand plaisir dans la vie, c’est d’exposer mes petites statuettes de la Vierge juste à côté de mes sextoys. Mon nouvel alter égo féminin s’appelle Deadly Cutie. Plus profane, mais toujours aussi baroque que la précédente. Pendant longtemps, j’ai cru qu’aimer les porte-jarretelles et les talons aiguilles c’était un passe-temps de déviant. Qu’au moment où j’allais mettre du rouge à lèvres, j’allais me transformer en Buffalo Bill. Vous savez, le type du Silence des agneaux. J’aime bien le cinéma. Je vais souvent seul aux séances de minuit. Je suis assez éclectique. À l’école, on se moquait de moi parce que je suis né avec un déficit en mélanine. Les gens disent « albinos ». J’aime pas trop le terme. Une chose est sûre, j’ai la peau fragile. Alors, j’ai tendance à fuir le soleil. Je préfère les projecteurs de bars miteux de toutes façons. Quand j’avais dix-huit ans, je suis parti à Londres sans une thune. J’ai dealé de la drogue pour payer mes études d’informatique. En journée, je travaille depuis chez moi. Les rideaux fermés, ça m’évite de m’exposer. Ça m’évite aussi de croiser mes contemporains, je n’ai pas grand-chose à leur dire. Tous mes amis appartiennent au monde de la nuit. Ils sont barmans, strip-teaseuses, hôtesses, videurs ou transformistes. Je m’imagine mal dans un bureau en open space, de 9h à 17h, en train de ragoter près de la machine à café. À l’époque de mes études, j’ai découvert la scène drag. C’est pas vraiment un métier. Je considère que c’est plutôt de l’ordre du sacerdoce. On choisit pas, ça nous tombe dessus. Un peu comme la grâce. Mon icône mode, c’est Jeanne d’Arc. C’est l’esthétique guerrière, je crois bien. Paraît que les Anglais l’on tuée. C’est triste. C’est peut-être pour ça que j’ai quitté Londres. Toujours aussi fauché, d’ailleurs. J’ai vécu à Paris un petit moment. Je sais pas dire grand-chose en français. Merde. Putain. Et quelques noms d’oiseaux. En réalité, j’ai suivi quelqu’un que j’aimais bien et je pensais que c’était réciproque. Mais non, en fait. Et finalement, j'ai décidé de voir un psy, parce que je me sentais pas heureux. Enfin,ça, vous le savez.

Ça va, j’ai dit assez de choses pour une première séance ?

Caractère

Enregistrement séance 2 — « autoportrait »
« Comment je me définirais ? C’est compliqué vous savez. Après tout, je suis qu’un homo albinos qui aime se peinturer la face et mettre des bas-résilles. Une chose est sûre, j’ai le sens de l’auto-dérision, j’espère que vous n’en douterez pas.

Mon principal défaut ? C’est l’orgueil. J’ai beaucoup agi par orgueil. Sans doute parce que je voulais prouver des choses. Aux autres et à moi-même. J’ai peur de pas être suffisant. Parfois, quand je suis seul, chez moi, j’ai des angoisses. Je me dis que je vais mourir tout seul comme un con. Que j’ai jamais rien fait de bien dans l’existence. Qu’il y a des gens sur Terre qui voudraient bien continuer à vivre et qui peuvent pas. Et moi je suis là, je gaspille de l’air. Mais ça finit toujours par passer. Faut dire que j’ai vraiment la trouille de crever. Faudrait peut-être que je me trouve une raison de vivre qui vaille le coup. C’est ça mon problème, je pense. Je tiens pas vraiment à la vie. J’ai juste peur de mourir. C’est pour ça que j’ai du mal à prendre les choses au sérieux.

J’agis généralement par pulsion et je suis pas très organisé. Chez moi, quand j’utilise un objet, je le range pas à sa place après. C’est pas pratique, c’est vrai. Je passe mon temps à chercher. Mais j’aime bien laisser vivre mon intérieur. Y a quelque chose d’organique, d’authentique. Je considère que les objets ont une âme. J’aimerais pas qu’on me range dans une boîte, personnellement. Alors je les laisse exister. C’est pour ça que j’ai pas d’animal de compagnie non plus. J’aimerais pas être celui qui prive les autres de leur liberté. C’est tout mon paradoxe, j’aimerais qu’on m’aime, mais j’ai peur d’être encombrant.

Mes amours sont toujours éphémères. C’est peut-être ma faute. Je m’attache trop vite alors que je suis simplement le genre de type avec qui on prend du bon temps. Vous voyez, je suis pas celui avec qui on a envie de s’endetter sur vingt ans pour acheter une maison, adopter un carlin et deux petits Soudanais. Fonder une famille, quoi. Je sais pas si je veux vraiment des enfants. J’aurais peur de reproduire les mêmes erreurs. Et puis, je vais pas mentir, je suis assez égoïste. Je pense pas être prêt à donner ma vie pour un petit bout de chair ingrat.

Certains pensent sans doute que je suis un peu l’archétype de l’homo-langue-de-pute. Ils ont pas tout-à-fait tort. Je suis maniéré et j’ai un certain talent pour critiquer. Je suppose que je peux me le permettre. Après tout, je me considère pas comme le dernier des idiots. J’en ai côtoyé des débiles, des consanguins, des primitifs, des involutions, des rebuts de l’humanité incapables de reconnaître la merde, même quand ils ont les deux pieds dedans. J’aime pas trop la médiocrité. Enfin, ça dépend. J’aime bien ceux qui essaient et qui échouent. J’aime pas ceux qui se complaisent, qui se posent jamais de question. Je suis pas méchant. Je prend pas de plaisir sadique à faire du mal aux autres. Je pense qu’au fond, je suis plutôt empathique. Le malheur des autres, ça me rend toujours triste. Par contre, je pleure rarement. J’arrive pas. J’ai comme un blocage. C’est mon éducation viriliste, peut-être.

En parlant de masculinité, j’ai arrêté de faire dans l’essentialisme. Je comprends pas pourquoi on veut imposer des modes de vie à des gens sous prétexte que la grande roue de la Fortune a décidé qu’ils seraient plutôt XY que XX. J’avoue, j’ai gardé des réflexes. On se débarrasse pas de son passé comme ça. J’ai des préjugés, comme tout le monde. Quand un pédé se fait agresser dans la rue, je me demande s’il l’a pas cherché. S’il a pas un peu trop étalé son homosexualité à la face du monde, jusqu’à en devenir répugnant. Parfois, j’ai tendance à considérer que les femmes sont moins compétentes que les hommes. Je privilégie les docteurs hommes. Ils ont le même diplôme pourtant. Et quand le soir, en rentrant chez moi, je croise un étranger dans la rue, je peux pas m’empêcher de penser qu’il va peut-être m’agresser pour me voler mon portable. Alors qu’en vrai, j’ai jamais eu de problème avec ces gens-là. C’est complètement irrationnel, n’est-ce pas ? Je suis assez vulgaire, je m’en cache pas. La violence, ça m’est passé. Je préfère éviter la confrontation physique à présent. Pas que ça me fasse peur. Je trouve simplement que c’est absurde.

J’ai fait des choses dont je suis pas fier. Mais c’était pour ma survie, alors si je dois recommencer, je pense que je le ferais. Finalement, j’ai une morale assez flexible. J’aime pas ces poseurs de salon qui se veulent directeurs de conscience, alors qu’ils ont rien connu de la vie. Ils se permettent de juger sans savoir. C’est facile quand on a tout eu. Quand l’amour filial va de soi. Quand on a pas à lutter pour exister. J’ai beaucoup de démons, je crois. Mais je me laisse pas aller, je continue de me battre.

J’ai remplacé mes anciennes addictions par de nouvelles. Je sais pas si c’est mieux. J’aime bien prendre soin de moi. J’aime bien qu’on me remarque, qu’on complimente. J’aime plaire. J’aime séduire. Au final, je trouve pas ma gratification dans l’acte sexuel. Ça me dégoûte pas, bien sûr, mais je pense que je plus du genre cérébral. L’idée d’un amour platonique ne me dérange pas. D’ailleurs ma libido est assez fluctuante. J’ai des périodes de rut et le reste du temps, si j’ai rien à me mettre sous la dent, je m’en fiche un peu.

Je sais pas si je peux me considérer comme mature. J’ai peur des responsabilités. Pourtant, j’aime bien aider les autres. J’ai un faible pour les causes perdues. Ça me fout toujours dans la merde. Au fond, je dis souvent que j’aime pas les gens, mais c’est pas vrai. C’est une image que je me donne. C’est comme un rempart pour ma trop grande sensibilité. Je ferais un très mauvais vilain de conte de fée. Ou alors je serais celui qui finit par se repentir et faire la fête avec les héros. Mais est-ce que je l’ai vraiment mérité mon « happy ever after » ?

Notes personnelles du Dr Karl Koenig.
Patient neuroatypique. Signes de dépression latente. Tendance à l’autodénigrement et à l’autodestruction. Cache sa peine derrière l’humour et la provocation. Confond lucidité et pessimisme.

Physique

Enregistrement séance 3 — « L’homme »
J’ai pas honte de mon corps d’homme. Enfin, je veux dire que j’en ai plus honte. J’ai eu du mal à l’accepter. Enfant, on me demandait souvent si j’étais malade. Faut dire que j’étais assez chétif et mon teint laiteux et naturellement cadavérique n’arrangeait pas les choses. Mes yeux, eux, sont tellement clairs qu’ils donnent une impression vitreuse. Pas étonnant qu’on s’inquiétait de ma santé. À l’adolescence, j’ai voulu me débarrasser de cette image de gamin malingre. Je me suis rasé les cheveux et je me suis mis au sport. Je me suis musclé pour faire comme les autres et pour pas perdre la face durant les bagarres. On dirait pas comme ça, mais j’ai de la force. Aujourd’hui, je continue de m’entretenir. Je fais des pompes et des abdos tous les jours. Je force pas trop, je voudrais pas devenir une bête musculeuse. J’aime bien mon corps comme il est. Je suis grand, élancé, plutôt fin, mais pas faible. Je dis souvent que j’ai une musculature sèche. À part ça, je prends soin de ma peau, de mes cheveux. Je suis plutôt fier de ma chevelure. Elle est soyeuse, avec des boucles bien définies et quelques reflets métallisés. Généralement, mes amants aiment bien la caresser. On me dit souvent aussi que j’ai un très joli grain de peau. En même temps, j’ai jamais souffert d’acné. Au final, je me considère chanceux.

Si je devais définir mon style, je dirais « dandy chic ». J’aime les jolies vestes brodées bien coupées. Les pantalons en lin qui tombent juste et qui laissent entrevoir l’érotisme d’une cheville. Je porte souvent des chemises en flanelle très déboutonnées. Je suis du genre imberbe, alors j’adore montrer mon torse. On me demande souvent si je m’épile, mais non. Je me rase une fois par mois et c’est suffisant. Je collectionne les bagues et les bracelets. Plus c’est tape-à-l’œil, plus ça me plaît. Mais mon bijou préféré, c’est cette petite médaille de sainte Rita en or. La sainte patronne des causes désespérées. Je ne la quitte jamais. Elle a un beau profil, je trouve. C’est le seul cadeau de ma mère que j’ai gardé.

Voilà pour ma vie d’homme, j’ai pas grand-chose à rajouter.

Enregistrement séance 4 — « La femme »
Je me fais pas d’illusion. Tout le maquillage du monde fera jamais de moi une femme. Pour être honnête, j’en ai même pas vraiment envie. Ce que j’aime dans la féminité, telle que je la conçois, c’est la frivolité. L’idée de transgression me plaît beaucoup également. J’ai la chance d’avoir des traits plutôt fins alors je fais bien illusion. Il m’est déjà arrivé de m’habiller en femme en dehors de mes shows et de sortir en boîte. Je me suis pas mal fait draguer par des hétéros. Ça me conforte dans l’idée que mon interprétation de la femme n’est pas trop à côté de la plaque. Le seul bémol, je dirais, c’est ma voix. Elle est posée, mais un peu grave pour passer pour une fille. Je fais pas d’effort non plus. J’ai pas envie de tomber dans le cliché de l’homo avec sa voix de fausset genre Priscilla, folle du désert.

J’ai les cheveux longs, mais je mets des perruques. Blonde, rousse, brune. Ou plus décalées. Bleu, rose, vert. Changer de coiffure, c’est presque thérapeutique. On découvre des nouvelles facettes de soi-même. Santa Maria avait un penchant érotique sale. Sans doute son côté catholique. Deadly Cutie est moins dans la pénitence. Elle aime les couleurs vives et joue pas à la vierge effarouchée. Elle rit fort et se laisse pas impressionner. Elle a une démarche chaloupée, comme si elle était toujours un peu bourrée. Mais elle contrôle. C’est une domina dans l’âme. Elle adore le cuir et les porte-jarretelles. Je dis « elle » pour parler de moi. Ça doit vous paraître absurde. Mais c’est un moyen pour moi de la distancier. Elle doit jamais oublier qu’elle est ma créature. Que je peux la tuer, du jour au lendemain, comme sa prédécesseuse. Et renaître ensuite.

Enregistrement séance 5 — « Le serpent »
Je suis un Phobos. J’ai pas l’habitude de le dire à voix haute. Ça me met mal à l’aise. Je ferai bref. Quand j’avais treize ans, je me suis réveillé un matin et j’étais plus pareil. Je parle pas de la puberté. Dans ma nuque, j’ai senti comme des écailles. C’était froid et rugueux. J’ai failli devenir dingue, retourner toute la maison. Après ça, j’ai pris l’habitude de remonter mes cols de blousons. Je portais aussi beaucoup mon écharpe de supporter du Monaghan United. C’est bien la seule fois où prétendre aimer le football m’a aidé. Je déteste le foot. Je prends pas de plaisir à voir des mecs en short courir derrière un ballon. Aujourd’hui encore, j’attache rarement mes cheveux, j’ai pas envie qu’on voit mes écailles et qu’on me juge d’après ça. Elles sont blanches et descendent tout le long de ma colonne vertébrale. C’est tout ce que vous devez savoir.

Je suis un python royal leucistique. Quelle chance. Je suis moins impressionnant que mes congénères de la nature, pour sûr. Je suis moins grand et moins fort. La pauvre bête est quasiment aveugle. C’est terrible. J’ai essayé plusieurs fois de me contempler dans un miroir, mais la vision de ces bestioles est extrêmement limitée. Les rares personnes qui ont assisté à mes transformations, m’ont trouvé plutôt beau, exotique même. Le blanc c’est pas commun pour un serpent. Un jour une de mes copines m’a dit que si elle avait pu, elle se serait fait un sac avec ma peau. J’ai pris ça pour un compliment.

Histoire

Enregistrement séance 6 — « L’enfance »
C’est l’histoire assez banale d’une gamine de dix-sept ans qui se fait mettre en cloque par un type de passage. Elle vit seule avec son paternel, depuis que sa mère est morte d’un cancer quelques années plus tôt. Elle est jolie, mais pas futée. Elle est surtout incapable de prendre une décision par elle-même. À part servir de boniche à son propre père, elle sait rien faire. Elle garde l’enfant par bigoterie. Au catéchisme, on lui a dit qu’on devait pas tuer la vie. Alors elle obéit. De toute façon, elle a pas de volonté propre. Je devrais pas parler de ma propre mère comme ça. C’est cruel. Mais sa soumission m’a toujours irrité. Ça n’a jamais été une mère indigne, elle s’est occupée de moi comme elle a pu. Le problème, je pense, c’est qu’elle savait pas comment m’aimer. Mon grand-père, c’est autre chose. C’est l’incarnation du vieux monde. Pour lui j’étais la tâche sur la pureté de sa fille. Il m’a mis des raclées. Souvent. Je les ai méritées. Parfois.

L’école, c’était compliqué. J’aurais pu être un élève brillant, mais je me suis pas donné cette peine. À cause de mon apparence, on m’a souvent considéré comme un paria. Certaines mères traitaient la mienne de traînée et racontaient à leurs gosses que j’étais contagieux. Que s’ils m’approchaient, ils allaient devenir aussi ternes que moi. La bonne ambiance. Vous comprenez pourquoi je suis devenu un peu violent dans la cour de récré. C’est comme ça que j’ai gagné le respect des autres. Au début, ça allait ; j’étais juste un gamin qui essayait de se défendre. Ça a vraiment commencé à déraper au collège.

Enregistrement séance 7 — « L’adolescence »
Dans la vie je suis parti avec plusieurs handicaps. Un patrimoine génétique défaillant et une famille dysfonctionnelle. Mais y avait autre chose. Quelque chose de plus subtil. Que j’ai eu moi-même du mal à comprendre. J’étais pas comme les autres garçons. Ça fait toujours prétentieux de dire ça. En tout cas, je regardais pas les filles comme mes copains. Je pense que je les enviais plus que je ne les désirais. Au final, je me sentais exclu de tous les clubs. J’arrivais pas à être fasciné par les filles et j’exerçais pas de fascination sur les garçons. Les cours de sport, c’était toujours une source d’angoisse et d’excitation. Je voulais épier mes petits camarades dans leur nudité et en même temps, j’avais peur de me faire griller. C’était un exercice périlleux. Un jour, un garçon a remarqué que je bandais. On s’est foutu de ma gueule pendant plusieurs semaines. À ce moment-là, je me suis promis de plus écouter la petite voix qui me poussait à mater des garçons pubères dans les vestiaires. J’ai commencé à rouler des pelles à des filles. Sans grande envie.

Je reviendrai pas sur la partie « oh mon dieu, je suis un monstre ». Sachez seulement que j’ai eu du mal à l’accepter. J’étais déjà assez différent comme ça. J’étais en colère contre tout le monde et mes sauts d’humeur n’arrangeaient pas vraiment mes affaires. Après ma première transformation, j’ai passé deux semaines enfermé dans ma chambre, sans contact avec le monde extérieur. Ma mère déposait simplement des plateaux repas devant ma porte. Au bout d’un moment, j’ai fini par accepter la fatalité.

Un matin je me suis réveillé et j’étais devenu le gamin pas recommandable. Bien sûr, je dis ça comme ça, mais ça s’est pas fait du jour au lendemain. J’ai fréquenté les mauvaises personnes et j’ai pris les mauvaises décisions. J’étais la petite frappe du quartier qui séchait les cours et dévergondait les pucelles. Vous y croyez, vous ? La vie c’est bizarre quand même. Parfois, elle prend des embranchements vraiment inattendus. Je traînais toute la journée avec une bande de fascistes qui aimaient se finir à la pisse de chat. Entre deux bastons alcoolisées, ils sifflaient les meufs bonnes dans la rue et insultaient les autres. J’ai l’impression que cette période de ma vie a duré une éternité. À cette époque, ma mère n’avait déjà plus aucun contrôle sur moi. Je me prenais toujours des raclées de la part du vieux, mais il osait moins. Je crois qu’il avait peur que je me venge. Je l’ai jamais frappé. Parfois, je regrette. Toujours est-il que je menais une vie de chien et j’ai bien cru que rien ne changerait jamais. Jusqu’au moment où j’ai fait la connerie de trop.

Enregistrement séance 8 — « La maison de correction »
Un soir, j’avais quinze ans, on a pris des armes blanches et on est allé braquer l’épicier du coin. Je me rappelle plus qui a eu l’idée en premier. C’était complètement con. Il nous a tout de suite reconnus derrière nos cagoules. On venait là depuis qu’on était gosses pour piquer des bonbons et il nous avait toujours laissé faire. C’était un gentil gars. On lui a pas fait de mal. On est partis en courant. C’est un client qui nous a dénoncés à la police. Comme les autres, j’ai pris six mois de maison de correction. À côté de ce genre d’endroit, je suis sûr que la vraie prison, c’est une thalasso.

Avant de partir, ma mère m’a offert cette fameuse médaille de sainte Rita. Je sais pas quelle était son intention. Est-ce qu’elle essayait de me dire que c’était déjà trop tard pour moi ? Que je devais m’en remettre à Dieu ? C’était sans doute pas méchant de sa part. Mais j’ai pas compris.

Pour mon premier jour, en guise de bienvenue, on m’a tabassé dans les douches collectives. Ils trouvaient sans doute que le petit nouveau avec ses écailles dans le dos jurait avec le décor. Je les comprends. Au bout de deux mois d’enfer, un surveillant a voulu me violer. Je lui ai fracassé ma lampe de chevet sur le crâne. J’ai fait comme j’ai pu. Il saignait tellement qu’il a failli en crever. Personne n’a gobé mon histoire de légitime défense. Pour violence aggravée, j’ai pris six mois de plus.

Quand je suis enfin sorti, j’étais plus personne. Je savais pas qui j’étais. Une chose est sûre, je voulais plus être celui que j’avais été. J’ai arrêté les conneries et j’ai repris les cours sérieusement.

Enregistrement séance 9 — « Londres »
Après le lycée, pendant quelques mois, j’ai enchaîné les petits boulots sans intérêt. Quand j’ai eu assez d’argent de côté pour me barrer, j’ai été voir ma mère. Elle était assise devant le télé-achat en train d’éplucher des patates. Je lui ai dit « Maman, je pars ». Y a eu un moment de pause, elle m’a regardé avec ses yeux de merlan frit, la mâchoire tombante. Puis, elle m’a répondu : « Si tu sors, n’oublie pas tes clés, surtout si tu rentres tard ». J’ai rien dit. J’ai pris mon sac et j’ai claqué la porte. Je suis jamais revenu. J’ai laissé mes clés bien en évidence sur la petite commode de l’entrée. C’était mon dernier affront.

Pourquoi je suis pas parti à Dublin ? J’en avais marre de ce caillou infertile. L’Irlande. Y a des gens qui se sont entretués pour elle. Quelle connerie. Je suis finalement passé du côté de l’ennemi. Pour faire chier le pays. À Londres, je me suis inscrit dans une école d’informatique. Je suis plutôt doué avec les ordinateurs. Après mon expérience traumatique dans cette maison de correction, je suis me replié sur moi-même. Internet est devenu ma fenêtre sur le monde. J’ai appris quelques astuces tout seul. Je me prenais pour un petit hackeur, mais je construisais juste des châteaux éphémères dans un bac à sable trop grand, comme un enfant. Je traînais sur le darknet et je parlais avec des crypto-anarchistes. Ça vous forge une conscience politique. Au bout d’un moment, j’en ai eu marre de travailler pour des grosses chaînes de restauration qui me payaient que dalle. Un type de mon école, un peu camé, m’a mis en contact avec un dealer qui recherchait quelqu’un pour vendre de la dope dans les beaux quartiers. Le dealer en question a trouvé que je passais bien, qu’avec ma gueule d’ange, je me ferais sûrement pas contrôler par les flics. Il a eu raison, j’étais insoupçonnable. Pour plaisanter, il m’a même dit un jour qu’il m’aurait bien baisé si j’avais été une meuf. Je l’ai mal pris. J’étais pas encore sorti du placard. En attendant, je me suis fait un pognon monstre en peu de temps.

Un soir, je me suis fait courser par deux caïds qui trouvaient que j’empiétais trop sur leur territoire. Je me suis engouffré dans une ruelle pour les semer et je suis tombé nez à nez avec quatre superbes gonzesses qui prenaient leur pause clope. Je me suis approché et j’ai rapidement compris mon erreur. Je devais sans doute tirer une gueule terrible. L’une d’entre elle, ou plutôt l’un d’entre eux, m’a pris par la main et m’a entraîné dans le club, sans que je puisse protester. Elle est passée derrière le comptoir, m’a servi un verre d’eau et m’a demandé qu’est-ce qu’un joli garçon comme moi faisait dans le coin. Finalement, on a parlé toute la nuit. Au matin, je connaissais le nom de toutes les filles : Primadonna Bella, Divine Diana, Miracle Temple, Charla Tango, Trixie Flowers, Evangeline Waves. Je suis revenu la semaine d’après, puis de plus en plus fréquemment. C’est là-bas qu’est née Santa Maria.

Si un jour, vous aviez dit au petit gars de Monaghan qu’il chanterait en playback Believe de Cher en talons aiguilles pour divertir les clients d’un bar gay, il vous aurait sans doute cassé la gueule.

Aujourd’hui c’est différent, j’ai pas honte de ce que je fais. J’ai pas honte de ce que je suis.

Après mes études, j’ai continué à partager mon temps entre le bar et une petite boîte d’informatique qui proposait des services d’aide à distance. L’angoisse. Je passais des journées au téléphone avec des vieux qui pensaient qu’une « carte mère » c’était un document officiel remis par l’État aux jeunes mamans. Mais bon, ça payait déjà mieux que « reine de la nuit ». Au bar, j’ai rencontré un petit Parisien. François. « Fran-so-ah ». Il lisait Sartre et écoutait Wagner pour se détendre. Il passait un an à Londres pour ses études de philosophie. J’avais jamais rencontré quelqu’un comme lui. Moi le petit gamin des rues sous-cultivé. Il m’a emmené voir des expos et m’a donné le goût de la lecture. Je suis tombé comme un con. Quand il m’a dit qu’il repartait, il m’a laissé son adresse et m’a dit qu’on pourrait s’écrire des lettres enflammées comme Rimbaud et Verlaine. J’ai fait mieux que ça. J’ai démissionné de mon boulot et j’ai fait mes adieux à toutes mes copines.

Enregistrement séance 10 — « Paris »
J’étais ravi d’arriver à Paris. Je suis descendu du train et j’ai filé direct à son appartement. Non sans mal. Je parlais pas un mot de français. Quand il a ouvert la porte, j’ai tout de suite compris que quelque chose clochait. Il m’a quand même invité à rentrer. On a un peu discuté et un moment il m’a dit : « Tu sais, Londres, c’est Londres. Paris, c’est autre chose ». En fait, ce qu’il essayait de me dire, c’est qu’il assumait pas d’être pédé. Je suis parti. J’ai pas réussi à lui en vouloir. Après tout, j’ai aussi eu beaucoup de mal. En revanche, je me sentais pas de revenir à Londres. Trop de fierté. Alors, j’ai sous-loué une cage à lapin dans le 20e arrondissement et j’ai commencé à grignoter mes économies. Quand j’ai vu que ça serait pas suffisant, j’ai fait le tour des boîtes gay pour trouver du boulot. Ils ont tout de suite adopté Santa Maria. J’ai complètement mis de côté l’informatique et je me suis adonné à mon art.

Je vais être honnête : Paris m’a rapidement épuisé. J’avais l’impression de vieillir dix fois plus vite. J’ai pris un sacré coup dans la gueule. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’arrêter l’alcool. Pendant plusieurs mois, le grand manitou des soirées parisiennes m’a fait du gringue. C’était pas de la jaquette de première fraîcheur, je dois bien l’admettre. Et j’ai pas vraiment de « daddy kink ». Sauf qu’une nuit, il m’a dit que j’étais trop bien pour Paris, que je devais viser plus grand. Il connaissait des gens à Anadéia. Il pouvait me faire rentrer dans des clubs sélects et m’obtenir un visa. Je lui ai dit que j’avais pas trop d’argent. Il a proposé de m’aider. Bien sûr rien n’est gratuit dans la vie. J’ai couché avec lui, sans passion ni extase. Je suis pas fait pour ça. Je ferais une très mauvaise pute. Enfin, l’important, c’est qu’il ait tenu parole.

Enregistrement séance 11 — « Anadéia »
Je sais pas si je dois tout vous raconter. Vous êtes tenu au secret professionnel, non ? Vous irez pas me dénoncer à la Milice dans deux jours ? Bien.

Anadéia, c’est pas ce qu’on croit. C’est pas un putain de paradis. Ça vend seulement du rêve sur les plaquettes promotionnelles pour les touristes. Ça fait deux ans que j’habite ici et j’ai toujours du mal à me considérer chez moi. Les clubs, c’est bien, mais ma carrière décolle pas vraiment. C’est pour ça qu’il y a un an, j’ai décidé de tuer l’ancienne moi et d’en refaire une autre. De repartir à zéro. C’était pas simple, on me payait pour faire Santa Maria et du jour au lendemain, j’ai refusé. On m’a mis à la porte de certains clubs. J’ai repris l’informatique pour palier le manque de revenus. En freelance cette fois-ci. Généralement, des boîtes privées me payent pour que je teste leur sécurité. Grâce à elles, j’ai des fins de mois plus fastes. De temps en temps, j’ai quelques requêtes particulières. Du genre de celles qui sont payées cash sous le manteau et qu’on déclare pas. Souvent, il est question d’évasion fiscale. J’efface des traces de malversations. Je suis rapide, efficace et discret. C’est tout ce qu’on demande de moi. Je pose pas de question. Je m’en fiche de savoir si c’est bien ou mal.

Je suis personne pour juger.

  • Empyrée
  • En cliquant de partenariat en partenariat.
  • :allongé: J'ai tout donné sur la présentation.
Stars, hide your fires; Let not light see my black and deep desires.
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Empyrée
Informaticien freelance / Drag queen
27 ans
Phobos

Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Ven 12 Oct 2018 23:13
Hey bienvenue
:scary:

Je valide à fond ton avatar !
Berserk... Nice. :y:
Hâte de découvrir ton perso en tout cas, bon courage pour ta fiche !
Wearing a mask wears you out. Faking it is fatiguing. The most exhausting activity is pretending to be what you know you aren't.
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Awful
Politicien
33 ans
Humain

Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Dim 14 Oct 2018 21:54

Validé !

Bienvenue sur Ex-Nemesis

Je... Que dire, à part "wow" ? Ta fiche m'a scotché. C'est bien écrit, c'est original, c'est prenant, le personnage est touchant et intéressant à la fois... ENCORE ! J'ai tout dévoré d'une traite, j'aime les tartines, particulièrement quand elles ont ce goût-là. Non, sérieusement, je suis fan. J'ai adoré l'évolution d'Alastar, de son passé de kaïra à son présent de drag queen, c'est juste génial ♥ Et puis la manière dont c'est écrit ! Il fallait y penser. Moi je n'ai rien à redire, c'est parfait, je valide avec grand plaisir ! Je me demandais comment Alastar pourrait bien conjuguer tous ses métiers, mais c'est parfaitement bien amené. Il y a juste un petit détail à corriger dans son physique, il dit qu'il est un Aphaius alors qu'il est un Phobos (mais bon, c'est vraiment de l'ordre du détail et c'est moi qui chipote /pan)
Sinon... Alastar Seamus ? Avoue que c'est un sorcier, en vrai ! /pan Ton perso a la grande classe, j'ai hâte de le voir en jeu, et si j'osais, je te demanderais même un lien. Au fait, ton pseudo me dit quelque chose et je me demande si on ne se serait pas croisés quelque part sur un forum d'entraide êwê En tout cas, je te donne les accès au reste du forum, bienvenue !

Amuse-toi bien sur le forum !

Je te donne ta couleur, tu peux d'ores et déjà, si ce n'est pas fait, compléter ton profil. C'est à toi de jouer, maintenant ! Tu peux aller jeter un oeil aux demandes de RP ou en poster une toi-même (et n'oublie pas les sujets libres !). Tu peux aussi créer ta fiche de relations et de suivi de tes rps. Le forum "Développement" est à ton libre service pour ton personnage, fais-en ce que tu veux et poste-y rps solos, moodboards, images, playlists, etc. Si jamais ça t'intéresse, les prédéfinis et les pré-liens sont par ici, n'hésite pas à y jeter un oeil ! Et puis dernière chose mais pas des moindres, mais peut-être le sais-tu déjà, le flood, c'est par là !
À plus sur le forum !
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Awful
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Humain


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